Sur Une Idée Originale de TOMME FRAICHE PRODUCTION

 

PETIT POUCET CITADIN

 

Dylan et Magalie POUCET se sont mariés. Ce fut un très beau mariage. La noce a duré trois jours, au son de l’accordéon du tonton Louis et de la cabrette du Papy Jean.

Ils ont élu domicile dans un joli coin, boisé et verdoyant.

 

Dylan débardait, écorçait et sciait le bois afin d’en fabriquer des tables et des chaises.

La rudesse du travail en forêt était simple pour lui. Il reprenait les gestes ancestraux que sa famille d’accueil utilisait. Ces mêmes gestes que leurs familles utilisaient.
Ce style de gestes que, lorsqu’on le voit faire, parait facile.

Pour exercer ce métier il ne suffisait pas de connaitre le geste… Il fallait lire dans les nuages, prédire le temps, voir dans la mousse, discuter avec l’écorce, négocier avec le nœud, savoir se séparer de l’aubier. Il fallait savoir aiguiser, affûter, fabriquer et avoir de bons outils.

Même si le vieux Pierre disait souvent que l’outil ne fait pas l’ouvrier, avoir du bon matériel aide au travail.

 

Magalie, quant à elle, préparait ses leçons, choisissait les livres, inventait des exercices, afin que les élèves de l’école apprennent à lire et à écrire.

L’enseignement pour elle était toute sa vie. L’accompagnement vers une érudition de son auditoire, une seconde nature. Donner un savoir-faire ou un savoir être était pour elle la base fondamentale de toute civilisation… D’autant qu’elle disait souvent apprendre autant qu’elle apprenait. Éclairer d’un questionnement neuf certains fondamentaux en révèle parfois leurs reliefs, élève la pensée.

La vie coulant tranquillement sur la douce pente de la maturité…

 

Oh ça n’avait pas toujours été ainsi…

Dylan était orphelin, ayant perdu ses parents, tout jeune, dans un grave accident. Il a eu beaucoup de chance dans son malheur, car ce n’est pas une famille qui l’a pris sous son aile… C’est tout le village.

Henri lui a appris le bois, Gérard à fabriquer le pain, Guste à traire les vaches, Jean à danser la Bourrée, Jeannette lui a appris à raconter, Rolande à cuisiner, Claire à coudre,…

 

Quant à Magalie, ses parents étaient diplomates. Toujours entre deux ambassades, toujours à sauver le monde….

En les accompagnant elle a rencontré Radija, qui lui a parlé de ses ancêtres, et Ali, qui lui a raconté les fêtes aux palais du Sultan dans l’ancien temps. Mais aussi Boris, qui lui a présenté Bucéphale, avec qui elle a galopé dans la steppe. Grâce à ces différents déménagements elle a passé aussi beaucoup de temps dans  les bibliothèques de différents pays : Iran, Mexique, Russie et bien d’autres encore !

 

Ils se sont rencontrés par hasard, lors de la fête de l’école du village, à l’approche des grandes vacances, organisée par le directeur.

Il faisait appel à toutes les personnes de la commune : un s’occuperait des crêpes, celui-ci des jeux, celle-ci des courses en sac, de natation, ou vélo… Bien entendu il exigeait que son personnel enseignant mette la main à la pâte.

Ainsi ils se retrouvèrent tous deux à surveiller la rivière pendant la course de natation. Il ne fallut que quelques minutes pour qu’ils comprennent que cette aventure ne faisait que débuter.

 

Ils s’aimaient… Et de cet amour est né un enfant, puis deux, puis des triplés, des jumeaux par deux fois, et pour finir encore des triplés…..

Oui chers amis. Douze…..Douze enfants ! Ah ce qu’il y avait du chahut dans la maisonnée…..

 

Mais si on arrive à savoir comment on fabrique les bébés, on ne sait pas pour autant les élever…. Monsieur et Madame Poucet, forts de leurs expériences personnelles et de leurs professions respectives, savaient bien que la vie n’était pas aussi bien boisée et verdoyante que leur cadre de vie. Alors comment faire pour que ces bouts de choux soient équipés et résistants dans les bourrasques et le tumulte de la vie ? Comment les rassurer afin qu’ils n’aient pas peur d’affronter le monde… ?

 

Ils prirent la décision d’aller vivre en ville, afin de se familiariser avec leurs semblables, qu’ils soient également sensibilisés aux technologies, et aux diverses activités artistiques proposées par les grandes métropoles. Ce changement radical fut plus dur pour eux que pour les bambins. Ils constatèrent qu’un nombre incalculable de dangers les exposaient, bien plus que l’endroit de leur naissance. Il y avait déjà la circulation routière, avec les voitures, les bus, les trottinettes et même les piétons. Il y avait le non-respect des codes régissant la route, le passage piétons, les feux tricolores, les céder le passage….bref un monde hostile, plus dangereux qu’une forêt ou une rivière de montagne, où là au moins on identifiait et on connaissait les dangers…..

 

Alors Maman Poucet s’est mise à inventer une mélodie, réconfortante, mesurée, pondérée, pour accompagner les premiers pas de ses rejetons. Ce refrain était dynamique et enjoué, qui aide à la progression, par petites touches, mais qui avance, qui avance.

Papa Poucet a confectionné à l’aide de collages astucieux et diverses essences de bois, une énorme bille toute ronde. Il l’a évidée et il y a déposé à l’intérieur le savoir-marcher. Pour que cette sphère ne roule pas à tort et à travers, il l’a enveloppée dans une mélodie lente……

 

Ils attendent que l’enfant se débrouille très bien à quatre pattes, puis ils le prennent sous les bras afin qu’il commence à se tenir debout. Au début ce sont plus les mains solides des adultes qui tiennent, puis très rapidement les jambes du bambin soutiennent le corps…..l’enfant commence à marcher, mais n’a pas encore le sens de l’équilibre, il a encore besoin d’aide. Un jour il se lance, tout seul, instant magique à voir….

 

De temps en temps, inexorablement les deux parents tour à tour fredonnent, fabriquent, posent les billes du savoir-aimer, savoir-comprendre, savoir-apprendre, savoir-pardonner, savoir-assumer…..

 

Devenus adultes, et avant de devenir eux même parents, ils ramasseront toutes ces billes laissées, afin de les remodeler à leur image et à leur temps, et d’accompagner leurs propres enfants.

Ainsi va la boucle de la vie, ainsi va l’humanité vers des lendemains qui chantent….

 

 

Texte: Christian FRAPPA- Correction: Thyphaine Monnier/Marie Lagniet- Chorégraphie: Sarah SEREC-Musique: Francois Breugnot

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